Concours de poésies

Le GATM (Groupe Animation Tourisme Montoir), à l’occasion de l’ouverture du Jardin Médiéval des Caves, dont le thème est cette année : «  La Poésie entre au Jardin », propose à tous, un concours de poésie.

Le thème de ce concours de poésie est : «  Les fleurs et le jardin »

Catégorie A : Pour les enfants de 7 à 10 ans, le poème devra être composé de 8 vers.
Catégorie B : Pour les jeunes de 11 à 15 ans, le poème devra être composé de 10 vers
Catégorie C : Pour les plus de 15 ans, le poème devra être composé de 14 vers.
Le poème ne doit pas être signé et ne doit comporter aucune marque personnelle. Mais ne pas oublier de faire figurer la catégorie dans laquelle vous participez avec le texte du poème.

Les textes devront être remis au Musée de la Marine en bois du Brivet avant le 15 août sous enveloppe avec au dos : le nom, prénom, N° de téléphone et adresse courriel du participant.

Le jury se réunira pour déterminer les trois lauréats de chacune des catégories
Les prix seront remis au trois premiers lauréats de chaque catégorie sous forme de :
Bons d’achat culture pour les jeunes et les enfants (catégories A et B)
Rosiers à parfum pour les adultes (catégorie C).

Ces prix seront remis l’après-midi, lors du festival inter-provinces Bretagne Poitou qui aura lieu sur le Domaine Seigneurial de l’Ormois, le 19 septembre 2021.

Conférences au Jardin 2021

Montoir de Bretagne

Jardin médiéval des Caves

Conférences 2021 au jardin à 18 h

Jeudi 15 juillet : Alain Parise: Les plantes médicinales


Jeudi 22 juillet : Philippe Rambaud : « Les anatidés »

Jeudi 29 juillet : Boulangers des Pains Maritimes

Jeudi 5 août : Nicolas Roux. Apiculteur. Les abeilles et le miel.

Jeudi 12 août : Stéphanie Barreaud :  «  l’entretien du jardin et la gestion différenciée des espaces verts »
Jeudi 19 août : Yves-Marie Allain. Le parfum des plantes

Jeudi 26 août : Paul Ablin et Guy Nicoleau, Soirée festive, chansons et contes

Les intervenants :

Philippe Rambaud, de Keranas

Alain Parise,

Les Boulangers des Pains Maritimes

Nicolas Roux, apiculteur montoirin, produit le miel bio du « Rucher des Marais ». C’est un grand connaisseur de abeilles et de leur environnement.

Stéphanie Barreaud, cultive son jardin sur l’Île jardin de Kervolant, à Mesquer.

Yves-Marie Allain, ingénieur horticole, ancien directeur du Jardin des Plantes de Paris a écrit de nombreux ouvrages. Il a été à la création du jardin Montoirin.

Afin de respecter les règles de distanciation dues au Covid 19, nous demandons aux participants de venir, si possible, avec son siège pliant.

Entrée aux conférences gratuite.

Le Jardin est ouvert à la visite du 22 mai au 26 septembre, visite libre.

Près de Trégonneau . Fléchage à partir de la Gendarmerie

Une Montoirine méritante par Guy Nicoleau

Marie Oyon, une Montoirine méritante

En octobre 2020, la ville du Mans, dans la Sarthe a donné le nom de Marie Oyon à l’un de ses boulevards. Marie Oyon, qui, avec Alexandre, son mari, fut une héroïne de la Résistance, avant d’être, à la libération, la première Sarthoise élue députée et sénatrice.

Marie Oyon

Marie Anastasie Tunney est née au village de Gron à Montoir de Bretagne le 31 décembre 1898. Elle était la fille de Félix Tunney, sujet anglais, fondeur, peut-être aux Forges de Trignac ou aux fonderies de Saint Nazaire. Sa mère, Marie Anasthasie Nouri, tailleuse, était la fille d’André Nouri, 1846-1877 et d’Anastasie Désirée Couthouis 1849-1911.

Les Nouri ou Noury sont des familles bien connu à Montoir de Bretagne.

Marie perd ses parents très tôt. A 16 ans, elle débute comme sténodactylo. Quelques années plus tard, elle cherche du travail dans la Sarthe. Elle y rencontre Alexandre Oyon, agent d’assurances. Ils se marient au Mans, le 7 juin 1919 et s’installent dans le quartier du Miroir. Ils ont deux enfants. Tous les deux sont engagés en politique. Elle est militante socialiste. Alexandre, lui, devient l’adjoint au maire. Fidèles à leurs engagements, durant l’Occupation, ils entrent tous les deux dans la résistance. Ils sont arrêtés par la Gestapo en décembre 1943 et déportés. Alexandre décède dans le camp de Mautausen, en Autriche, le 27 mars 1945. Marie revient, atteinte physiquement, mais vivante du camp de Ravensbrück, ses activités de comptable et d’agent d’assurances. Marie reprend également ses activités politiques chez les socialistes.

Elle fut conseillère municipale du Mans de 1945 à 1949 et membre de la première assemblée constituante d’octobre 1945 à juin 1946/ Marie Oyon décède au Mans, le 11 octobre à l’âge de 70 ans.

Une rue à son nom à Montoir de Bretagne

Tout comme la Montoirine Yvonne Herveau, qui réalisait sur sa machine à écrire, la nuit, aux Forges de Trignac, un journal clandestin « Radio Espoir » lors de la Poche de Saint Nazaire et qui a sa place, dans la salle du XXe siècle au Musée de la Marine en bois du Brivet à Montoir, Marie Oyon pourrait avoir une rue à son nom parmi les résistants déjà nommés : Guy Mocquet et Christiane Cabalé.

Emile Jules Allain, une petite histoire dans la grande histoire par Yves Marie Allain

Une petite histoire dans la Grande Histoire :
Un incident lors de la sortie du cuirassé Jean-Bart
19 juin 1940
par Yves-Marie Allain

Il s’agit d’un souvenir de famille que mon grand-père paternel m’a raconté. Mon grand-père, Emile Jules Allain (né et mort à Rezé, 1891 -1974) fit toute sa carrière comme marin. Le 9 mai 1904, il est enregistré, comme inscrit maritime provisoire. Il est alors âgé de 12 ans et demi et a son certificat d’études en poche. A 18 ans, il est enregistré comme Inscrit maritime définitif. Lors de son service militaire, dans la marine à Brest, il obtient son Brevet d’officier mécanicien de seconde classe de la Marine marchande le 24 janvier 1914.

Emile Jules Allain- jeune officier de la marine marchande -non datee-

Emile Jules Allain
A compter de cette date, ses séjours à terre seront peu nombreux avec des voyages au long cours, au cabotage international et au cabotage. Lorsqu’il n’est pas en haute mer, il est sur l’un des remorqueurs de l’Union des remorqueurs de l’océan (URO) du port de Saint-Nazaire, comme chef mécanicien. Le dernier débarquement figurant sur son Livret professionnel maritime est le 30 juillet 1958, à l’âge de 67 ans, soit 55 ans après son premier embarquement ! Bien qu’évoquant fort rarement ses voyages et encore moins les anecdotes, incidents, histoires diverses, il lui arrivait d’en parler alors que, durant les vacances scolaires à Saint-Nazaire, je l’accompagnais jusqu’à son remorqueur.

Emile Jules Allain devant son remorqueur St Nazaire

Emile Jules Allain devant son remorqueur à Saint Nazaire

Parmi les quelques anecdotes de sa vie de marin, celle de la sortie du Jean Bart dans la nuit du 19 juin 1940 alors qu’il était comme chef mécanicien à bord du remorqueur Pornic.
Il ne s’agit pas ici de raconter l’épopée de ce cuirassé, mais seulement ce qu’a vécu l’équipage de l’un des remorqueurs au moment de cette sortie précipitée de Saint-Nazaire. Parmi les remorqueurs ayant participé à l’opération, on trouve 3 remorqueurs du Havre et 4 de Saint-Nazaire, Hoedic, Glazic, Pornic, Piriac.

remorqueur Pornic dans le port de Saint-Nazaire- vers 1952-53

Le remorqueur Croisic dans le port de Saint Nazaire
Sans pouvoir préciser le moment où il prit la remorque, le Pornic était placé derrière pour aider à la manœuvre, et a participé à l’opération de ‘remise à flot’ du Jean Bart. Dans une tranchée creusée spécialement et rapidement pour permettre la sortie du cuirassé, balisée de petites bouées à peine visibles, le Jean Bart s’échoue par l’avant sur la gauche, tandis que l’arrière reposait sur la berge ouest. Après trois quarts d’heure d’efforts, les remorqueurs réussissent à le dégager, et le cuirassé atteint le chenal de la Loire aux premières heures de l’aube.

Evasion du Jean-Bart- in Pierre Guillou- Pilote de Loire- Geste editions- 2008.Evasion du Jean-Bart- in Pierre Guillou- Pilote de Loire- Geste editions- 2008

Evasion du Jean Bart- Pierre Guillou- Pilote de Loire. Geste éditions
Si les ordres sont bien parvenus aux autres remorqueurs, au moment où le Jean Bart va prendre de la vitesse pour échapper à la menace aérienne allemande, le Pornic est toujours en remorque à l’arrière. Les causes du non largage de l’amarre ne sont pas connues, soit les ordres n’ont pas été entendus, soit parvenus trop tardivement, soit un incident n’a pas permis de libérer l’aussière du crochet de remorquage. Le Jean Bart en prenant de plus en plus de vitesse, entraîne derrière lui le remorqueur qui se met en travers et commence à dangereusement prendre de la gîte. L’arceau de sécurité arrière est déjà dans l’eau et cette dernière commence à descendre dans la machine. C’est alors que l’un des marins du remorqueur a le réflexe de prendre la hache de sécurité située sur la plage arrière et de couper l’aussière. Le remorqueur fait une embardée brutale en sens inverse, puis se stabilise. Il n’y aura, apparemment, aucun blessé, mais sans doute une grande frayeur pour l’ensemble de l’équipage. Mon grand-père, par ailleurs chose assez rare à l’époque chez un marin, excellent nageur, s’est vu mourir noyé dans sa machine.
Bien des hypothèses peuvent être échafaudées, mais sans cette opération de rupture brutale de l’aussière, le remorqueur aurait vraisemblablement coulé et l’opération ‘évasion’ peut-être échouée ou du moins été fortement compromise.
Comme d’autres remorqueurs, le Pornic accompagne le Jean-Bart dans une petite partie de son périple, rejoint Bordeaux et ce n’est que le 30 août 1940, que le Pornic regagne Saint-Nazaire. L’incident ne fera l’objet d’aucun rapport et disparaitra avec les hommes qui l’avaient vécu.

Avers et revers de la plaque d-inscrit maritime portee par Emile Jules Allain .Avers et revers de la plaque d-inscrit maritime portee par Emile Jules Allain

Avers et revers de plaque d’inscrit maritime portée par Emile Jules Allain

Carte professionnelle de libre circulation -1939- sur le port de Saint-Nazaire

Carte professionnelle de libre circulation

Livret professionnel maritime -1928 - 1945-

 

et livret professionnel maritime d’Emile Jules Allain

La tragédie du Saint-Philibert par Michel Mahé

La tragédie du Saint-Philibert le 14 juin 1931, par Michel Mahé

A Nantes, l’Union Des Coopérateurs de Loire-Inférieure, l’UDC en liaison avec des syndicats CGT et la Bourse du Travail vient de créer le Comité des Loisirs nantais, qui propose à ses membres et à une population plutôt modeste différentes distractions telles que des visites culturelles, des jardins ouvriers, des centres de vacances des excursions et sorties. Pour la première fois, les responsables décident d’organiser une excursion dans l’île de Noirmoutier au mois de juin 1931. Ils prennent contact avec les Messageries de l’Ouest, filiale de la Compagnie nantaise de navigation, et réservent le Saint-Philibert pour le dimanche 14 juin. A cette date, les congés payés n’existant pas encore, une sortie ne pouvait se faire que les dimanches ou les jours fériés. L’idée est très bien accueillie par les coopérateurs et soutenue par la ligue des Droits de l’Homme, le parti socialiste SFIO et les syndicats ouvriers.

St Philibert 1 (1)

Le Saint-Philibert est un petit bateau de croisière et de promenade à vapeur, construit par les Chantiers Dubigeon de Nantes en 1923, pour la navigation côtière et dans l’estuaire de la Loire, dès la belle saison. Long de 32 m, il peut en principe accueillir 500 personnes (180 passagers de 1ère classe et 320 de 2ème classe). Mais en général, il n’embarque que 300 voyageurs. Le matin du dimanche 14 juin, les passagers se rendent pour 6 heures du matin à l’appontement des Messageries de l’Ouest, quai de la Fosse à Nantes. Ils croisent sur leur chemin les paroissiens qui sont occupés à construire les reposoirs et à décorer les rues pour le passage des processions. Ce dimanche 14 juin est en effet celui de la Fête-Dieu, une des plus sacrées pour les catholiques de l’époque. Les jours précédents avaient été caniculaires, mais ce matin il fait beau et une légère brise est la bienvenue. Le navire quitte le port de Nantes, profitant du jusant. Le temps s’annonce beau,

St Philibert 2

 

et la navigation dans la baie de Bourgneuf est considérée comme facile.  Sept hommes d’équipage, (un mécanicien, deux chauffeurs, deux matelots et un mousse) commandés par le capitaine Ollive, âgé de 57 ans, qui est pourtant retraité mais reprend du service l’été, doivent veiller au bon déroulement de la traversée.

St Philibert 3

Le capitaine n’est pas enthousiasmé par le bateau qu’on lui a confié. Il connait ses faiblesses mais malgré tout il accepte, estimant le navire capable de faire l’excursion. Il donne des instructions très précises au contrôleur d’embarquement pour ne pas laisser embarquer plus de 500

personnes.       St Philibert 4

Il a été délivré 467 billets dont 426 payants, et 41 exonérés pour les enfants. Or on compte plus de 500 passagers sur le navire au moment du départ. Difficile de gérer un embarquement quand des gens qui devaient prendre place à bord ne se présentent pas ou quand, au contraire, d’autres personnes, voyant le beau temps, se décident à partir au dernier moment, quand enfin certains se désistent et, comme nous le verrons vendent au dernier moment leurs billets sur le quai même d’embarquement ? Le contrôleur essaie de gérer au mieux ces difficultés. La descente de la Loire se passe sans problème, certains passagers remarquent que le fleuve « moutonne », ce qui est anormal en cette belle journée. Le vent est nul au sol, mais de gros nuages passent en altitude à une vitesse impressionnante. Des habitants du village de Gron, non loin de Saint-Nazaire sur la rive droite du fleuve, dont ma mère et ma grand-mère, se souviennent des chants et des rires entendus lors du passage du navire. Le prospectus annonçant le voyage avait prévu : « Il y aura des réjouissances et des surprises, tant à l’aller qu’au retour ».

St philibert 5

Quoi qu’il en soit, le voyage aller se passe normalement et le Saint-Philibert accoste à Noirmoutier vers 13 heures, avec une heure de retard, le long de l’estacade de la plage des dames. Les passagers s’occupent tout de suite d’organiser le pique-nique dans le bois de la Chaize, situé immédiatement à proximité, d’autres préférant le restaurant. L’après-midi certains vont se baigner ou se tremper les pieds à la plage voisine, tandis que d’autres se dirigent vers le bourg pour voir le château ou l’église. Puis chacun achète ses cartes postales et ses souvenirs, car il faut déjà songer au retour. A partir de 16 heures, la sirène de bateau retentit à plusieurs reprises pour rappeler les passagers. La mer, haute en principe à 15 heures 25 est remontée très vite, ce qui est toujours signe de mauvais temps. En effet, le vent a considérablement forci, et le capitaine Ollive, conscient des mauvaises conditions météo, hésite à reprendre la mer. Mais sous la pression en  particulier d’un groupe d’ouvriers déterminés à reprendre le travail le lundi à 8 heures, il décide finalement de prendre la mer à 17 heures. 26 personnes, qui avaient eu le mal de mer à l’aller, préfèrent rentrer en car par le passage du Gois (quand celui-ci sera découvert, vers 22 heures). D’ailleurs, certaines familles se séparent, les hommes rentrant par le bateau, les femmes et les enfants par l’autocar. 17 autres restent dans leur famille ou à l’hôtel à Noirmoutier. Enfin 3 jeunes gens rentreront le lendemain matin par la voiture de la Poste. Ce qui fait que 46 personnes au total ne reprennent pas le bateau.

Les personnes prenant le car ont décidé de finir la journée en beauté et s’offrent le restaurant. C’est à l’issue de ce joyeux diner qu’on les avertit du drame. A leur arrivée à Nantes, vers 3 heures du matin, le naufrage leur sera confirmé par le bureau du port.

La mer est très agitée, mais personne parmi l’équipage n’envisage de distribuer les gilets de sauvetage. Après une heure de navigation, les choses se gâtent. Le capitaine regrette d’être parti car il sait que le pire est encore à venir. Mais après quelques hésitations, il poursuit finalement sa route en direction de Nantes. Les cabines, ne peuvent contenir les quelque 450 personnes qui ont embarqué et un grand nombre de voyageurs est contraint de rester sur le pont. Fouettés par les énormes paquets de mer, les passagers cherchent à se protéger et se placent spontanément sous le vent du bateau, à tribord, du côté de la terre, pour tenter de s’abriter. Ce faisant, ils déséquilibrent dangereusement le Saint-Philibert qui accuse une sévère gite. Et lorsqu’il double la pointe Saint-Gildas, près de Pornic, loin de se trouver protégé à l’entrée de l’estuaire de la Loire, le navire doit au contraire affronter la renverse de la marée et un très fort courant générant de puissantes vagues.St Philibert 6

Le Saint-Philibert se dirige vers la bouée du Châtaignier, la mer est démontée avec des creux de plus de cinq mètres. Le tangage est énorme, le faible tirant d’eau de 2,20 m de ce navire, plutôt fait pour naviguer en Loire, accentue les difficultés. La bâche, qui avait été tendue pour protéger les gens du soleil, augmente encore la prise au vent. Le capitaine n’a pas de sonorisation pour pouvoir mettre en garde les passagers contre le risque de faire ainsi chavirer le bateau. Brusquement une lame plus forte que les autres couche le navire, puis une seconde le fait se retourner complètement, projetant instantanément, en quelques secondes, un grand nombre de ces vacanciers d’un jour à la mer. Cette scène dramatique a lieu à 18h30, sous les yeux impuissants des gardiens du sémaphore de la pointe Saint-Gildas.

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Le maître-guetteur Adrien, s’efforce aussitôt de donner l’alerte. Les conditions étant très mauvaises, le premier bateau n’arrive sur zone qu’à 20 heures 20. Le remorqueur de Saint-Nazaire le Pornic sauve un passager autrichien accroché à une bouée et ramène trois cadavres. Le bateau pilote, le Saint-Georges, sous les ordres du capitaine Brière, sauve 7 jeunes gens qui savaient nager (1 hongrois, 1 norvégien et 5 français). Ces huit personnes représenteront en fait les uniques rescapés du naufrage du Saint-Philibert.  Le bilan est terrible, 455 personnes ont péri en mer.

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Bien que le naufrage n’ait pas encore été annoncé officiellement, une foule considérable se rend sur les quais de Saint-Nazaire en présence du député-maire François Blancho. La nouvelle parvient à la connaissance des familles et amis qui attendaient à l’embarcadère des Messageries de l’Ouest, quai de la Fosse à Nantes, ou encore au siège de l’Union Des Coopérateurs, qui avait distribué 212 billets, aux alentours de 23 heures. L’annonce, faisant état de rescapés sans en préciser le nombre (hélas très faible), suscite de vains espoirs.

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Pierre, jeune receveur de tram nantais, fait partie de ceux qui, ayant appris la terrible nouvelle, essaient d’obtenir des informations. Il avait prévu avec son épouse Simone, enceinte de leur premier enfant, de profiter de l’excursion, et avait acheté deux billets. La veille du départ, il apprend qu’il sera de service le dimanche et ne pourra donc pas partir à bord du navire. Il conseille à son épouse de participer malgré tout à la sortie, et de vendre le second billet sur le quai d’embarquement. Arrivée sur place, elle hésite à partir seule, et (prémonition ?), prend la décision de ne pas participer à l’excursion. Elle décide de donner les deux billets à une cousine, accompagnée de sa fille,  qui sont sur le quai à la recherche des précieux sésames. Elles acceptent avec joie, puis embarquent sur le navire. Quant à la jeune femme, elle rentre à la maison où elle passe la journée et la soirée, sans connaître le drame qui se joue. Pierre, mis au courant de celui-ci, essaie de s’informer, et sans nouvelles de sa femme, rentre à son domicile, mort d’angoisse, craignant le pire. Quelle n’est pas sa surprise de retrouver Simone qui l’attend, ignorant le drame qui vient de se nouer. Les deux époux tombent en pleurs dans les bras l’un de l’autre ! Leur première fille, Pierrette, naîtra en février 1932.

On retrouvera le corps de la maman et de sa fille, quelques semaines plus tard, enlacées l’une à l’autre. La destinée de chacun, bonne ou mauvaise, tient parfois à peu de choses…

La tempête s’apaise vers 21 heures. Les bateaux, désormais présents en nombre sur le site, commencent à ramener les premiers corps. Ces dépouilles sont déposées dans un premier temps sous le hall de la compagnie des Messageries de l’Ouest à Saint-Nazaire. Le mardi 16, sept camions militaires transportent vers Nantes les corps des 77 victimes alors retrouvées. Une chapelle ardente a été installée au Château des Ducs de Bretagne, où elles reposent dans des cercueils non fermés, afin que les familles puissent les reconnaître, ce qui donne lieu à des scènes déchirantes.  La presse locale et nationale bien entendu fait ses gros titres du naufrage pendant plusieurs jours. Mais, ni la presse ni même la population ne semblent prendre la juste mesure de la catastrophe avec la disparition de presque un demi-millier d’habitants de la ville et de ses environs, en premier lieu parce que la mer n’avait rendu à ce moment-là que 77 cadavres sur 455.

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Parmi les victimes, on trouve les fondateurs du Comité des Loisirs, des ouvriers des chantiers de Bretagne, une trentaine de travailleurs autrichiens de l’usine des Batignolles, qui habitaient les cités ouvrières. Il y a également des Rezéens dont le conseiller municipal Chincholle et sa famille. Le milieu syndical est très touché. Pont-Rousseau voit disparaitre Mesnil, instituteur, secrétaire du syndicat des instituteurs et de la fédération des fonctionnaires, Maillard, secrétaire adjoint de l’union locale, Thierry, trésorier du syndicat des employés de commerce.

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Mais c’est le mouvement coopératif nantais qui est le plus atteint, avec la disparition du sous-directeur de l’UDC, Xavier Peneau, de Bredoux, fondateur en 1893 de la coopérative l’Economie, de Le Brazidec de l’UDC, d’Alexandre, chargé de l’organisation des fêtes coopératives et de la propagande cinématographique. Treize employés de l’UDC ont également disparu ainsi que le directeur Henri Lepouriel et toute sa famille. Celui-ci avait décliné une autre invitation pour faire partie du voyage. Ce drame ne fera d’ailleurs qu’amplifier une crise qui couvait au sein de la grande société nantaise, victime de son développement trop rapide.

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Le Jeudi 18 juin 1931 des funérailles grandioses sont organisées dans la ville de Nantes. La cérémonie civile a lieu dans la cour du château des Ducs en présence d’Aristide Briand ministre des affaires étrangères, du ministre de la marine Louis de Chappedelaine, du député-maire de Saint-Nazaire François Blancho, du maire de Nantes Léopold Cassegrain, des préfets, des élus locaux, des officiers supérieurs et personnalités locales.

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Après les différentes allocutions des principales personnalités présentes, la cérémonie se prolonge par un sermon donné par le pasteur du culte protestant de Nantes.

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Puis les 77 cercueils sont chargés par groupe de 6 dans 13 véhicules hippomobiles militaires hâtivement transformés en corbillards, qui quittent le château pour se diriger vers la cathédrale. C’est sur le parvis de celle-ci qu’a lieu la cérémonie religieuse, au milieu d’une foule immense. Elle est présidée par Monseigneur Le Fer de la Motte, évêque de Nantes, entouré des chanoines du chapitre épiscopal ainsi que de nombreux prêtres des paroisses avoisinantes. Après la bénédiction des corps par l’évêque, le cortège des 13 véhicules militaires rejoint la rue de Strasbourg. A l’extrémité nord de cette rue, le cortège se scinde en direction des différentes paroisses et quartiers où les cercueils seront remis aux familles pour l’inhumation.

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200 corps seront retrouvés dans la première semaine qui suit la cérémonie. Le corps du capitaine Ollive est découvert, échoué sur la plage de Pornichet avec 6 autres corps et tout un ensemble de paniers, sacs, landaus et objets divers. La mer continue ensuite à rejeter des corps sur toutes les côtes environnantes, jusqu’à l’île d’Yeu, La Rochelle, l’île de Ré et Rochefort-sur-Mer. En fin de compte, 409 cadavres sont repêchés, 100 d’entre eux ne seront jamais identifiés formellement, et une cinquantaine de corps ne seront jamais retrouvés. Preuve de la crainte des conséquences sanitaires par la population, la consommation de crustacés et de poissons s’effondre dans la région pendant au moins une année.

Cette terrible catastrophe engendre chez les habitants du département, et même au delà, une véritable sidération. Des secours affluent afin de venir en aide aux familles des victimes. Ils viennent du monde coopératif, des villes de Nantes et de Saint-Nazaire, du président du conseil, Pierre Laval, et même de l’étranger. Les journaux locaux comme le Phare de la Loire, l’Ouest Eclair, le Populaire, le Travailleur de l’Ouest, ouvrent des souscriptions.

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Les fonds recueillis à Saint-Nazaire sont centralisés par les syndicats et les coopératives avant d’être transmis à la mairie de Nantes. Une commission composée d’élus, de coopérateurs, de représentants des syndicats confédérés, du syndicat patronal des constructions mécaniques et navales, de la Chambre de Commerce et de l’état, se charge de la répartition des secours, épaulée à partir du mois d’août par le groupement de défense des familles des victimes du Saint-Philibert. Ce comité s’est constitué à la Bourse du Travail sous la direction du secrétaire de l’union départementale CGT. En effet, la grande majorité des victimes fait partie de la classe ouvrière.

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Pendant que les recherches des victimes continuent, au milieu de la semaine qui suit le naufrage, plusieurs navires de la marine nationale, dragueurs et canonnières, se rendent sur le lieu du sinistre afin de repérer l’épave du navire. Assez vite, le dragueur Renne découvre celle-ci. Deux scaphandriers confirment que c’est bien le Saint-Philibert qui gît par 9 m de fond, couché sur le côté gauche, après avoir fait un tour complet sur lui-même en sombrant. Ils tentent d’ailleurs en vain d‘ouvrir les portes des cabines intérieures. L’épave est située à 250 m dans le Nord-Ouest de la bouée des Châteliers, dans l’alignement du chenal.

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Il faut impérativement renflouer le navire, car sa présence à cet endroit de fort passage peut présenter des dangers pour la navigation. Les entreprises françaises contactées ayant estimé que cela dépassait leurs compétences, on aura recours aux services d’une entreprise allemande implantée à Hambourg. Dans le contexte de la période d’entre-deux guerres, cette décision soulève des vagues d’indignation patriotique. Le Saint-Philibert est finalement renfloué le 5 août 1931 sous la direction de l’ingénieur Fuhrman, par deux pontons. C’est à cette occasion que seront retrouvés la plupart des derniers corps. En effet, 33 personnes qui étaient dans les cabines intérieures du vapeur étaient restées prisonnières de l’épave.

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Alimenté par une polémique virulente, un procès a lieu en 1933. Parodie de justice, les familles des victimes sont déboutées et les armateurs affranchis de toute responsabilité dans ce naufrage. Il faut noter également le poids d’une religiosité où certains, de manière scandaleuse, ne manqueront pas de souligner, parlant alors de châtiment divin, que si les ouvriers nantais et leurs familles avaient participé en bons catholiques aux processions de la Fête-Dieu, ce 14 juin, ils n’auraient pas péri !!! Le bateau semble récupérable, il sera donc réparé et converti pour effectuer des transports de charges. Il changera plusieurs fois de nom. En dernier lieu, sous le nom de Côte d’Amour il sert aux transports de sable. Il ne sera envoyé à la ferraille qu’en 1979.

Cette catastrophe était-elle prévisible ? Le gardien du phare du Grand Charpentier déclara, lors de sa relève, qu’il était étonné de voir passer le dimanche matin le Saint Philibert. De plus, au moment du retour, les passagers et l’équipage, à l’abri des vents de suroît et d’ouest ne voyaient qu’un plan d’eau calme, et ne pouvaient deviner les conditions dantesques qui régnaient dans l’estuaire de la Loire. Un avis de coup de vent émis par la météo n’arriva à Noirmoutier que le lundi matin… Neuf ans après, presque jour pour jour, un autre navire, le Lancastria, qui participait à l’évacuation du contingent britannique au départ du port de Saint-Nazaire, touché de plein fouet par des bombes allemandes, sombrera le 17 juin 1940 en vingt-quatre minutes, non loin du lieu du naufrage du Saint-Philibert. Cette terrible fera près de 4 000 victimes…

Bibliographie et sources :

La Prolétarienne, l’Union, La Ménagère, les coopératives de consommation dans la Basse Loire, Robert Gautier, 2012, CHT

Les grands naufrages de l’estuaire de la Loire, Emile Boutin, 2002, Siloë

Archives Départementales de Loire-Atlantique

Article Ouest-France 14 juin 2015 Blog

En Envor, le drame du Saint-Philibert, Erwan Le Gall Blog famille Bretet, le naufrage du Saint-Philibert 14 juin 1931

Blog La chouette de Vendée, le naufrage du Saint-Philibert, Maurice Bedon

Témoignage de Madame Pierrette Mahé

Archives Yves-Marie Allain

Archives personnelles

L’histoire de la carotte par Yves-Marie Allain

Groupe d’animation tourisme de Montoir
Musée de la Marine en Bois du Brivet –Jardin médiéval des Caves
Montoir-de-Bretagne

A propos de Daucus carota –la carotte.

A l’occasion de la création du jardin médiéval des Caves à Montoir-de-Bretagne, parmi les nombreuses questions préalables à sa mise en place, deux étaient sur le choix des plantes qui pourraient y figurer. La première était liée aux espèces à retenir, car la date de référence était la mort d’Anne de Bretagne en 1514, la seconde aux variétés et cultivars qui pourraient être présentés à retenir. Si la carotte est retenue, sa petite histoire montre toute les ambiguïtés, les dérives sémantiques portées par les mots comme légumes anciens, légumes tombés dans l’oubli, vieilles variétés, variétés traditionnelles, variétés locales, semences paysannes, goût authentique, sans parler de sauvegarde de notre patrimoine naturel et culturel, autant de mots, d’expressions rarement explicités, dont il est souvent difficile de cerner la réalité qu’ils portent ou qu’on veut bien leur faire porter.

Carotte sauvage

La carotte, Daucus carota (famille des Apiacées, ou Ombellifères) avec trois sous-espèces spontanées, ssp. carota, ssp. commutatus, ssp. drepanensis, fait partie des quelques plantes alimentaires dont l’origine sauvage est de ‘chez nous’. C’est une plante bisannuelle qui se développe dans les prairies naturelles et bas-côtés des chemins. Bien qu’il faille toujours être prudent lors de la récolte de plante de la famille des Apiacées, – certaines espèces étant très toxiques – la carotte sauvage se distingue grâce à des tiges et des feuilles couvertes de pilosité et possède l’odeur caractéristique de la carotte.
C’est donc sur ces plantes sauvages que les hommes ont commencé à prélever des racines, puis à les mettre en culture et ainsi très progressivement à améliorer les qualités gustatives de la racine et à sélectionner des racines de couleurs différentes. Mais pendant de longs siècles la carotte sauvage fut un aliment recherché pour les animaux domestiques comme les vaches, les moutons, les chevaux ou les cochons.
Au Moyen-Age, la carotte ne figure pas parmi les légumes-racines les plus prisés et dans de nombreuses régions françaises l’ambiguïté nait du nom donné qui est pastenade, issu directement du latin pastinaca  qui correspond à la fois à la carotte et au panais. A la fin des années 1970, plus d’une cinquantaine de noms locaux existaient en France pour désigner la carotte sauvage dont c’hwibanez (Finistère), panez-moc’h (Bretagne), quotechue, en Basse-Loire, Pays de Retz, Bas-Poitou.
Les plus anciennes variétés connues sont longues et pointues avec des couleurs diverses. Au XIXe siècle, en France on préfère la jaune, mais la blanche craint moins l’humidité. En Hollande, la rouge est la plus recherchée, tandis que les Anglais privilégient la carotte orange !

carotte nantaise

Quelques extraits d’ouvrages parlant de légumes
1600 – Olivier de Serres : Les pastenades et carottes, ne diffèrent que par la couleur : l’un est rouge et l’autre blanche, « de fait en Languedoc et ailleurs n’appellent autrement les carottes que pastenailles blanches ».
1715 – La Quintinie : « Carottes, sorte de racine, les unes blanches, les autres jaunes ».
1784 – Bon jardinier : Carotte, Daucus carota. « On en cultive de trois couleurs, la rouge, la jaune & la blanche. »
1839 –Le Bon jardinier : Carotte, Daucus carota ; les principales variétés sont de couleur rouge, jaune et blanche. Une variété violette est citée. « Les carottes rouges ont en général le goût plus relevé que les jaunes et les blanches. »
1888 – Vilmorin : Dans son album de clichés, 24 variétés de carottes sont inscrites en grande majorité des carottes rouges, 4 sont blanches et une seule jaune : Quelques noms de variétés avec des lieux régionaux : demi-longue nantaise, demi-longue de Saint-Brieuc – demi-courte obtuse de Guérande, etc.
2002- le Truffaut : Carotte, Daucus carota. « Commune au bord des chemins dans toute l’Europe. »

Une petite expérience de sélection de la carotte sauvage
Le Bon jardinier de 1864 cite l’expérience ayant pour objectif l’étude de l’amélioration et de la transformation de la carotte sauvage en plante alimentaire. L’auteur rapporte qu’en trois générations, les carottes obtenues ont l’apparence des carottes du jardin avec « une chair un peu plus compacte, leur saveur plus douce ; elles ont été trouvées supérieures aux anciennes variétés. » Au fur et à mesure des semis, il a « vu successivement sortir de cette souche presque toutes nos anciennes variétés », avec les diverses couleurs des racines depuis les blanches, jusqu’aux rouges en passant par les jaunes et les lie de vin.

Variétés anciennes de carottes

Quelques expressions et dictons populaires incluant le mot carotte
Expressions et dictons ne remontent guère au-delà du milieu des années 1850 et, dans l’ensemble, ne rehaussent guère la carotte dans le panthéon des légumes !
La « carotte », feuilles de tabac roulées en forme de carotte destinées aux chiqueurs, devenu le nom de l’enseigne des bureaux de tabac.
« Tirer une carotte à quelqu’un » lui extorquer quelque chose en le trompant. Que l’on retrouve dans le verbe ‘carotter’ !
« Jouer la carotte », jouer mesquinement, avec prudence.
Le mot carotte devient un adjectif dans « Poil de Carotte », qui dans le roman de Jules Renard, Poil de carotte, 1893 était le « nom d’amour à son dernier né, parce qu’il a les cheveux roux et la peau tachée ».
« Les bœufs carottes », la police des polices car elle fait mijoter leurs collègues lors des auditions.
« Les carottes sont cuites » pour indiquer que c’est la fin. Ce fut le messsage codé avant le débarquement du 5 juin 1944.
« La carotte ou le bâton », viendrait de l’expression anglaise « The carrot or the stick » et ne serait attestée en France qu’en 1966. Cela fait référence aux deux méthodes pour faire avancer l’âne !

Yves-Marie Allain
Novembre 2020

La « 101 » voyage toujours, par Guy Nicoleau

L’histoire de la « 101 », une des locomotives du train du Morbihan

Les vieux Briérons et les vieux Montoirins se souviennent sans doute encore de la « 101 ».

Loco 101 à Montoir

En 1892, le Conseil Général du Morbihan confie à la Compagnie des Chemins de Fer du Morbihan, la réalisation et la construction de 402 kilomètres de voies ferrées à écartement métrique dans le département et 120 dans le département de la Loire-Inférieure, aujourd’hui Loire-Atlantique. A partir de 1907, les lignes La Roche-Bernard- Saint Nazaire entrent en activité avec deux embranchements : un à Méan en direction de Penhoët et un à Trignac, pour desservir le bourg de Montoir de Bretagne. A Herbignac, un embranchement permettait d’aller à Guérande en passant par Piriac sur mer de 1907 à 1930. Une locomotive à vapeur a parcouru ces lignes : la 030 Pinguely N° 101. Elle a été construite à Lyon en 1905 dans les ateliers de Benoist Alexandre Pinguely qui, entre 1881 et 1932, a fabriqué 361 locomotives à vapeur.

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Une locomotive chargée d’histoire

Traversant toute la Brière, la fière locomotive à vapeur a permis à ses nombreux habitants de rejoindre quotidiennement leur travail aux Chantiers de Construction Navale de Saint Nazaire. Entre Trignac et Saint Joachim, le train du Morbihan desservait Loncé, village de Montoir de Bretagne dont l’arrêt a été rasé, il y a une dizaine d’années,

Ancien arret du petit train

Le Pin, La Rue et Rozé. Le réseau a été fermé définitivement en 1947. L’ancienne voie entre Saint Malo de Guersac et Saint Nazaire a été aménagée en piste cyclable. La locomotive « 101 » part alors aux Forges de Gueugnon. En 1975, elle arrive sur le réseau du CFBS ( Chemin de Fer de la Baie de Somme), qu’elle parcourt jusqu’en 1996. Après une restauration qui a duré quatre années, dans les ateliers de Saint Valéry-Canal, elle revient sur le réseau.

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L’association CFBS, composée de plus de 30 bénévoles, fait voyager sur ces lignes 6 locomotives à vapeur, 7 loco-tracteurs diésel, un autorail et une draisine. Aujourd’hui, elle transporte 200 000 voyageurs par an du Crotoy à Noyelles ( 7,5 km), de Noyelles à Saint Valérie-Port ( 6,5 km) et de Saint Valéry-Ville à Cayeux( 12 km).« Dites bien aux Briérons que nous prenons soin de la « 101 » qui les a transportés au cours du XXe siècle. C’est une belle machine, parfois capricieuse, mais qui voyage toujours sur nos voies ferrées de la Baie de Somme » me précisent les deux bénévoles de la CFBS, de service, un matin de juillet, en gare de Saint Valéry sur Somme.

La loco 101 en Somme img187

Une petite chanson

En 2005, j’avais écrit une chanson sur le petit train du Morbihan. Un vieux briéron m’avait dit que pour se souvenir des gares des lieux dits entre Saint Nazaire et Saint Joachim, il avait cette petite phrase mnéo-technique : « Saint Nazaire à lancé (Loncé) le pain (Le Pin) à la rue (La Rue) de Rozé (Rozé), Saint Joachim », ce qui m’a donné les paroles du refrain de ma chanson…..

LE PETIT TRAIN DU MORBIHAN

Semant ses nuages blancs

Juste au dessus des roseaux

Le p’tit train du Morbihan

Passant, fait peur aux oiseaux

Il tortille de gare en gare

En se regardant dans l’eau

Du canal ou les canards

S’amusent de ses cahots

Son sifflet dans le lointain

Sonne l’angélus bien trop tôt

Laisse aux cloches de Saint Joachim

Seulement celui de midi, c’est beau

REFRAIN

Le p’tit train du Morbihan

De Saint Nazaire à Loncé

Le Pin à La Rue de Rozé

Saint Joachim.

 

Le p’tit train du Morbihan

Ramasse sur son passage

Ceux de Pendille, de Fédrun

Une musette pour factage

Le train les tire de Brière

Pour aller gagner leur pain

A la ville, river le fer

Chaudronniers, mécaniciens

Pauvres hommes de la terre

Il vous déporte le train, afin

D’améliorer l’ordinaire

Dans la poussière et le bruit urbain

 

Mais le soir le petit train

Fait le chemin à l’envers

Laissant à chaque chemin

Les hommes gagner leurs chaumières

Leurs filets et leurs chalands

Pour visiter leurs bosselles

Quand dans le soleil couchant

S’envolent quelques judelles

Le p’tit train du Morbihan

Suspend ses petits nuages au ciel

Sur la ligne d’horizon

Chante sa dernière ritournelle

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CD : Voix de Tourbe et de Sel   Ref VDTS0107

Crédit photos : Collection GATM, Nicolas Nivel-Catin, Guy Nicoleau

Bibliographie : Les Chemins de Fer de la Baie de Somme de Nicolas Nivel-Catin. Un chemin de fer d’intérêt local en Loire Inférieure de Jean Pierre Nennig

Le néflier par Yves-Marie Allain

Jardin médiéval des Caves – Montoir-de-Bretagne

Néflier – Mespilus germanica – néflier des bois ou meslier.

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Planté il y a quelques années dans le cadre du jardin médiéval des Caves, le néflier des bois, meslier ou mesperenn en breton, a pris sa place avec sa floraison de printemps et ses fruits à la fin de l’été.

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Le néflier – Mespilus germanica – de la famille des Rosacées comme les pommiers, poiriers, cognassiers, etc., est un petit arbre pouvant atteindre 4 à 5 mètres de hauteur. Son nom vient du grec mespilos qui désignait déjà le même arbre, le néflier, chez Théophraste au IVe siècle av. J.-C.
Si de très nombreuses variétés se rencontrent dans la nature, une seule espèce botanique existe, germanica, bien qu’elle ne provienne pas de Germanie, mais du Caucase, d’Iran et des montagnes du Turkménistan. Introduit en Europe puis en France durant l’antiquité, le néflier s’est naturalisé et se trouve un peu partout surtout dans le centre et l’ouest du pays. Ses milieux de prédilection sont les bois, haies, les lisières forestières. Le néflier est associé aux plantes des hêtraies-chênaies et chênaies acidiphiles.
Espèce de plein soleil ou demi-ombre, thermophile, de croissance lente, sa durée de vie maximum est de l’ordre de 150 ans. Les feuilles sont grandes de 5 à 12 cm de longueur, mates dessus, duveteuses dessous.
Les fleurs apparaissent en avril-mai, solitaires, terminales, régulières, sont également grandes (3-4 cm de diamètre), blanches parfois teintées de rose.

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Les fruits, parfois appelés « cul de chien », sont récoltés en octobre-novembre. Mais pour les consommer, il est indispensable de les mettre à blettir sur un lit de paille dans un endroit frais et aéré pendant 3 à 5 semaines.

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Pendant longtemps, ce petit arbre aux fruits toniques et astringents avec des feuilles également astringentes, fut surtout considéré comme une plante médicinale et c’est dans cette rubrique qu’il est classé au Moyen-Age. Il figure dans le capitulaire De villis de Charlemagne, datant de l’an 795. Il était cultivé dans nombre de monastères dont, en 820, celui de Saint-Gall (Suisse). Hildegarde au XIIe siècle recommande son emploi contre les fièvres. Il est à noter que dans l’ouvrage de La Quintinie paru en 1690, le néflier ne figure pas parmi les espèces fruitières du Potager du roi, celui de Louis XIV.

Au début du XXe siècle, des médecins expérimenteront l’emploi des fruits et des feuilles de néflier sur leurs patients. Il sera confirmé qu’il est possible de lutter contre les diarrhées avec des sirops ou des marmelades à base des fruits, ce qui « régularise les fonctions intestinales ». Avec une décoction de feuilles, prise sous forme de gargarismes, permet de lutter contre les aphtes et les inflammations de la gorge.
En dehors d’une pharmacopée traditionnelle, le néflier aura quelques autres utilisations, plus guère d’actualité, comme la fabrication de cannes et manches de parapluie, ou en tabletterie car son bois, fin et homogène, est dense, dur, prenant un beau poli de rougeâtre clair parfois flammé au cœur de rouge-brun.

Bien que le néflier ne soit pas entré dans la catégorie des fruitiers les plus nobles, il est entré dans des proverbe et expressions populaires.
Proverbe : « Avec le temps et paille, les nèfles mûrissent », c’est-à-dire que l’on vient à bout de bien de choses avec du soin et de la patience. Quant à l’expression « on vous donnera des nèfles », il s’agit d’un refus à quelqu’un qui demande quelque chose de trop beau ou de trop cher. L’expression prend parfois un tour encore plus direct « Des nèfles », ce qui signifie une réponse négative et ironique à une demande jugée excessive. Autrefois « des nèfles » étaient associées également à « peu de chose », à « rien du tout ».
Quoiqu’il en soit, la plantation d’un néflier dans votre jardin, donnera une note de beauté au moment de sa floraison et une redécouverte des bienfaits naturels des végétaux.

Guy Nicoleau pour les photos
Yves-marie Allain, pour le texte
Octobre 2020

L’hortensia et la Bretagne par Yves-Marie Allain

Causeries estivales du Jardin médiéval des Caves Montoir-de-Bretagne. Eté 2020
Yves-Marie Allain
La Bretagne et l’hortensia

En 2016, l’Institut culturel de Bretagne souhaite que la Bretagne soit représentée par une plante symbole. Après une consultation ouverte, l’ajonc est plébiscité, mais viennent juste derrière la bruyère et l’hortensia. Si les deux premières sont des plantes indigènes, l’hortensia est exotique, originaire du Japon. Introduit en Europe dans les dernières années du XVIIIe siècle pourquoi, comment, pour qui, l’hortensia est-il devenu une plante qui puisse être représentative de la Bretagne ?

Hortensias

L’hortensia et son arrivée en Europe
En Europe, comme en France, la connaissance de l’hortensia se fera progressivement grâce au Français Philibert Commerson qui est le premier botaniste à décrire la plante. Il la découvre lors d’une prospection botanique sur l’île de la Réunion et prélève un échantillon dans « des jardins de Bourbon en avril & mai 1771 ». Cette plante, mal connue du monde des botanistes, avait été introduite du Japon par un Hollandais au cours du XVIIIe siècle.
Son arrivée en Europe : la seule certitude est que Joseph Banks (1743 -1820), directeur du futur jardin botanique royal de Kew, présente début 1789 un hortensia en tant que plante vivante et en 1803, ce pied fleurit avec plus de 80 fleurs. L’origine anglaise des pieds qui arriveront dès 1792 en France et dans une partie de l’Europe est confirmée par divers documents.

L’hortensia en Bretagne
En Bretagne, le premier enregistrement connu de l’existence de l’hortensia est celui du Jardin botanique de la marine à Brest. Antoine Laurent, responsable dudit jardin, dans son catalogue des plantes publié en 1809, indique qu’il possède comme plantes vivantes dans ses collections Hortense et Hydrangée. Il s’agit donc de l’hortensia et d’un Hydrangea sp., sans doute Hydrangea arborescens originaire d’Amérique du Nord que lui avait fait parvenir quelques années plus tôt, André Thouin professeur au Jardin des plantes de Paris.
La question de l’origine de cet hortensia reste entière car il ne semble pas qu’il y ait eu d’envoi d’un pied d’hortensia par Muséum de Paris. Comme aucune date n’est connue pour son entrée réelle en collection à Brest, il n’est pas absurde de penser que le premier pied ait pu être rapporté par un officier de la Royale de retour de l’océan Indien.
La première diffusion de l’hortensia en Bretagne fut sans nul doute restreinte et liée à l’intérêt qu’une partie de l’aristocratie terrienne lui portait. De multiplication aisée par bouture, des exemplaires auront été introduits dès la fin du XVIIIe siècle dans certaines propriétés privées d’armateurs ou d’officiers de la Marine qui avaient parcouru les océans. Au début du XIXe siècle, la diffusion reste peu importante et l’hortensia orne les abords d’un certain nombre de châteaux et manoirs de la pointe finistérienne. Il faut attendre les années 1850 pour trouver quelques écrits faisant part de l’existence ici et là d’hortensias
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’arrivée du chemin de fer et le développement des stations balnéaires sur les côtes bretonnes occupées durant la saison estivale par une partie de la grande bourgeoisie des villes, vont modifier progressivement les paysages. Dans les jardins d’ornement qui sont alors créés autour des villas, l’hortensia trouve sa place grâce en partie aux paysagistes parisiens qui vont exercer leurs talents en Bretagne ou en Normandie. Non seulement, ils citent dans leurs écrits l’hortensia pour orner les jardins, mais le recommandent pour agrémenter ceux proches du bord de mer. Le paysagiste français Edouard André, dans son ouvrage paru en 1879, cite l’hortensia « parmi les beaux arbres et arbustes dont j’ai relevé la nomenclature pendant mes excursions dans les jardins du littoral breton et des îles de la Manche ». Il n’est pas à l’origine de ces plantations des parcs des châteaux et manoirs qu’il visite, il les remarque, en apprécie les qualités esthétiques et paysagères et en recommande la plantation. On peut supposer que lors de ses interventions en Bretagne, entre 1880 et 1913, pour concevoir ou rénover un certain nombre de parcs – une douzaine sur les cinq départements bretons -il recommandera des hortensias.
Quelques décennies plus tard, divers autres paysagistes parisiens préconisent l’hortensia pour les jardins des nouvelles villas qui s’implantent sur la côte bretonne. André Véra est sans équivoque en 1912 lorsqu’il indique « dans certain endroit de Bretagne, vous emploierez les Camélias et les Hortensias bleus ; » car ainsi « de la seule présence de cette flore locale, le Jardin acquerra un style incontestable. » Il est nécessaire néanmoins de remarquer que les deux genres cités sont exotiques ; tous deux originaires d’Extrême-Orient, ils ont donc changé de statut, puisqu’ils sont considérés comme des plantes indigènes, appartenant à la flore de la Bretagne !
Mais, a contrario, les ouvrages décrivant la Bretagne ainsi que les guides touristiques de l’entre-deux guerres, ne citent pas l’hortensia comme plante caractéristique des jardins et encore moins du grand paysage, comme le sont les pins ou cyprès de Lambert, deux conifères introduits au cours du XIXe siècle.
Mais qu’en est-il dans les bourgs, villages et hameaux du centre Bretagne, de tous ces lieux qui ne se trouvent pas sur le chemin des stations balnéaires ? Nous sommes encore très loin d’une présence de l’hortensia dans les campagnes bretonnes. La percolation vers l’habitat vernaculaire est très lente et se fera dans la seconde moitié du XXe siècle, c’est-à-dire après la Seconde guerre mondiale. En 1950, le journal hebdomadaire Rustica qui lance conjointement avec le Touring Club de France, la Ligue urbaine & rurale et la Fédération des horticulteurs français, le concours des maisons fleuries afin de « rendre plus agréable au touriste qui passe, ou séjourne, l’aspect général de la cité ». L’amélioration visuelle n’est donc pas pour celui qui vit toute l’année, mais bien pour un touriste de passage. Parmi les plantes qui sont préconisées figure l’hortensia car « les variétés d’Hortensias mises dans le commerce depuis peu d’années, placées à mi-ombre, permettent de garnir pendant tout l’été des soubassements de maisons et des à-côtés de perrons. » Ces recommandations sont nationales et les végétaux cités ne sont pas vraiment régionaux. L’avantage de l’hortensia réside dans sa pérennité d’une année sur l’autre et dans sa facilité de multiplication par boutures au printemps, par marcottes ou rejetons. C’est un atout certain pour une diffusion aisée de proche en proche, de voisin à voisin.
Le changement de statut de l’hortensia
L’hortensia est resté pendant des décennies une plante de jardin, de bourgs et de villages avant une appropriation mentale essentiellement dans le dernier demi-siècle portée par un courant touristique amplifié par des supports promotionnels, la photographie et la carte postale couleur. L’hortensia va changer de statut. En fleur durant la belle saison, la saison touristique, les grosses ombelles colorées, nombreuses, nuancées, aux couleurs chaudes et froides, non agressives, font faire la joie des photographes surtout pour les premiers plans, laissant une vue, un monument, une chaumière se détacher en arrière-plan. En noir et blanc, l’hortensia ne laisse pas percer la subtilité de ses nombreuses fleurs réunies en ombelles globuleuses.
Parmi les images véhiculées sur la Bretagne, se trouvent celles des cartes postales couleur à partir des années 1970 avec des commentaires comme, « couleurs de Bretagne, maisons aux hortensias », « maisons fleurs d’hortensias en Bretagne », ou « La Bretagne pittoresque, vieille chaumière typique », etc. sans parler des longères au toit de chaume dont quelques ombelles fleuries d’hortensias ornent la façade principale. Véritable image d’Epinal d’une Bretagne et des Bretons, pittoresques, voire muséifiés pour le plaisir des touristes.

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L’hortensia n’est une plante caractéristique ni des villes, ni de la campagne, ce que semble confirmer l’image transmise par des blogs récents (2017 dont les auteurs prétendent sans retenue que « pour retrouver la magie des maisons qui longent les côtes bretonnes, il faut commencer par s’entourer d’hortensias. » !
Une analyse fine des documents de promotion touristique en couleur à partir des années 1975-80 et des photos associées seraient à effectuer afin de mieux apprécier l’impact sur le public de l’hortensia. Quelle aubaine cette plante en fleur tout l’été !
Si chacun des départements de la Bretagne administrative possède un ou plusieurs lieux ou manifestations associées à la plante ou portant son nom, il semble que la plus ancienne n’ait été créée qu’en 1984 avec La cité des Hortensias à Perros-Guirec (Côtes-d’Armor). D’autres suivront Le circuit des hortensias à Ploërmel (Morbihan) en 1997, Terre d’Hortensias au Folgoët (Finistère) en 1998, Le festival de l’Hortensia à Mahalon (Finistère) en 2003.
Ainsi et malgré lui, l’hortensia dès qu’il fut approprié comme élément d’une image touristique et identitaire d’une certaine Bretagne, a vraisemblablement participé à ce que redoutait vers 1930 le peintre, sculpteur René-Yves Creston, la création d’ « une Bretagne à l’eau de rose pour touristes parisiens ».

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L’hortensia, plante d’une certaine Bretagne
Ce survol rapide montre toute la part d’ambiguïté portée par l’hortensia dans sa relation avec la Bretagne. Il faut également souligner que la question ne se pose pas dans d’autres régions que ce soit en Normandie, en Anjou ou en Flandre ; Dans ces autres régions, l’hortensia comme beaucoup d’autres plantes exotiques, n’a pas pris de place particulière dans le paysage mental et touristique ou dans l’espace culturel de ces régions.
L’hortensia est lié à la partie bâtie du parc et du jardin, comme accompagnement de la pierre, – granite, schiste, gneiss, ardoise – qu’il révèle, qu’il réveille en mettant en valeur le côté austère des minéraux. Il s’associe à la pierre, celle extraite sur place et qui donne cette spécificité architecturale et esthétique à chacun des pays bretons. L’hortensia semble avoir cette capacité de pleinement s’intégrer à l’essence même du territoire dans une forme de discrétion. Sa forme naturelle en boule, formant une sphère, occupe un volume aux contours harmonieux, non agressifs porteurs de douceur. Par leurs caractères complémentaires, plante et pierre sont en harmonie. Avec des variations subtiles, la couleur des inflorescences ne capte pas toute l’attention, ne tue pas les autres taches colorées du bâti, mais en exacerbent les nuances, sans uniformiser la perception et donner une lecture unique à l’association pierre-hortensia. Une relation particulière a émergé dès le XIXe siècle, et a perduré en passant du manoir à l’habitat vernaculaire traditionnel. L’hortensia, venu d’ailleurs, qui avait trouvé une place, sa place en réveillant les pierres, se trouve actuellement en grande partie éteint par ce style néo-breton avec une couleur blanche dominante qui a submergé et détruit la diversité des volumes et des matériaux traditionnels. Sans égard pour le cadre dans lequel elles sont implantées, ces nouvelles habitations sont mal insérées dans le paysage, détruisent la diversité des habitats bretons et rendent parfois incongru la maison traditionnelle d’origine. Ainsi disparait cette maison vernaculaire qu’un guide touristique des années 1930 décrivait comme : « faite de blocs de granite empilés, la ferme bretonne, à porte basse, à fenêtres petites et peu nombreuses, est d’apparence pauvre et hostile. »
Si la place de l’hortensia dans le paysage n’est pas évidente, il a peut-être su en trouver une dans ce monde complexe du patrimoine culturel breton. Selon certains ethnobotanistes les rythmes du végétal contribuent à ordonner les nôtres. Les cycles calendaires, saisonniers, déterminent un “agenda social” précis, structuré. Or, non seulement l’hortensia n’a jamais vraiment appartenu à ce monde des paysans, mais il n’accompagne aucun des grands cycles agraires et des fêtes associées, ni celui du renouvellement des saisons, pas même celui de l’arrivée des estivants ! Indépendamment de cette absence dans les cycles des activités humaines, bien qu’introduit depuis plus de deux siècles, le mot hortensia ne fut jamais bretonnisé, si ce n’est relativement récemment sans relation avec un socle culturel ancien. De plus l’hortensia n’est pas dans la mémoire des anciens et aucun nom de lieux traditionnels en breton n’a pour origine son nom. L’hortensia ne semble pas posséder de véritable pouvoir patrimonial culturel qui lui ferait non seulement oublier son origine exotique mais entrer dans le panthéon des végétaux porteurs de l’imaginaire et de la réalité d’une région.
L’hortensia n’est pas devenu une plante patrimoniale, une plante qui puisse être présente d’elle-même en dépit des modes végétales ou de ceux de l’art des jardins.
En Bretagne, l’hortensia n’est pas une plante représentative d’un mode de distinction du territoire, il est une image de la Bretagne, une image essentiellement touristique, parfois devenue obsolète. Si l’hortensia est ou fut l’un des symboles de la Bretagne ou d’une Bretagne, ce n’est pas pour autant une plante symbolique des Bretons, de la culture bretonne, de sa langue, porteuse de valeur, de culture pour sa société actuelle ou future.
Néanmoins, l’hortensia continuera de croître en terre bretonne car il a trouvé un climat et un sol qui lui sont encore favorables, qu’il possède de nombreuses qualités agronomiques et esthétiques et que des passionnés poursuivront sa présentation, sa promotion, sa diffusion. L’hortensia, breton ou non, appartient à ces plantes faites pour éclairer la pierre, pour donner de la couleur à la mélancolie, pour colorer le vert estival omniprésent des autres arbres et arbustes.
Almanach du facteur :
Maisons fleuries d’hortensias en Bretagne, © Boris Strouijko/Fotolia.

Escapades en Bretagne
Mon petit coin de paradis, photo, ©Jean-Michel Sotto.