Le Tacite par Guy Nicoleau

Le Tacite

Le Tacite, pour le GATM, c’est tout d’abord l’histoire d’une rencontre. En juillet 2016, Alain Conan et Cathie, son épouse, se présentent au musée de la Marine en bois du Brivet. Alain Conan, originaire de la région nantaise, est un des créateurs du musée Maritime de Nouméa en Nouvelle-Calédonie. Il est également membre des plongeurs de l’association « Fortunes de Mer Calédoniennes » qui évoluent sur les épaves de la barrière de récif de Nouméa. Il est venu au musée de Montoir de Bretagne pour avoir des renseignements sur une épave d’un bateau construit, en 1869, aux chantiers Emile Ollivaud à Méan et commandé par Baptiste Honoré Moyon du village de Trignac à Montoir. Ce bateau se nomme : « Le Tacite ».

Tacite est un écrivain romain (55-120 ans après J.C.). Il était le gendre du général romain Agricola qui découvrit la tribu insoumise des Caledonii qui devint ensuite, l’Ecosse. C’est le capitaine James Cook qui découvrit le caillou en Océanie et lui donna le nom de : New Calédonia, Nouvelle-Calédonie, en souvenir de la tribu écossaise.

Voilà le résultats des recherches effectuées par Jean-Louis Monvoisin sur ce bateau :

« 1 – Acte d’affirmation du 11 novembre 1869 (Archives départementales de Loire Atlantique, 17 U 884)            Conf XIXe19 Le Tacite img908

Est comparu devant le juge de paix du 5e arrondissement de Nantes M. GRENET Pierre Charles, armateur et propriétaire en partie du navire trois mâts français nommé Tacite, capitaine Moyon, appartenant au port de Nantes et qui a été construit à Méans, commune de Saint Nazaire sur Loire, Loire inférieure, par M. Emile Ollivaud, constructeur de navires au dit lieu, qui en a délivré un certificat à la date du 8 septembre 1869 ;

que ce bâtiment a été jaugé le 11 septembre 1869 par deux vérificateurs des douanes de Nantes et qu’il résulte de leur opération que le dit bâtiment porte les dimensions suivantes :

– longueur de tête en tête prise sur le pont, de l’étrave à l’étambot, trente mètres huit centimètres, 30,08,

– largeur la plus grande sept mètres trente-deux centimètres, 7,32

– hauteur intérieure prise de la cale au pont quatre mètres quarante-quatre centimètres, 4,44

Desquelles mesures il résulte que le bâtiment est de la contenance de deux cents cinquante-sept tonneaux vingt-six centièmes, 257 tx, 26/100

Qu’il a serrage et vaigrage sans lambrissage ni faux tillac. Il est doublé en cuivre.

Jurant et affirmant le comparant qu’il est intéressé dans le dit navire pour 300 millièmes, Ollivaud Emile, constructeur du navire à Méans, pour 31/1000, Legal Chevreuil frères négociants à Nantes 60/1000, Cardinal fils ainé forgeron à Nantes 64/1000, Musquer Jean Baptiste voilier à Nantes 45/1000, Pauly Ange François poulieur à Nantes 9/1000, Pignot Jean cordier à Nantes 20/1000, Huette Théophile fournisseur de navires à Nantes 4/1000, Dubas Léon opticien à Nantes 5/1000, Lesage Henri marchand de vins à Trentemoult, commune de Rezé, 5/1000, Moyon Jean Baptiste Honoré, capitaine au long cours à Montoir de Bretagne, pour 457/1000.

Telle a été la déclaration du comparant qu’il a juré et affirmé sincère et véritable.

[Remarques : la coque du navire a été construite à Méan, sur le chantier d’Emile Ollivaud, situé rive droite du Brivet, juste après le pont de Méan. Lancée dans le Brivet fin août ou début septembre 1869, cette coque a été remorquée à Nantes où le gréement du navire a été fait par les différents artisans énumérés ci-dessus ; navire achevé au début de novembre de la même année.]

2 – Navigations (cf. Archives départementales de Loire atlantique, 3 P 538)

– 16-11-1869 : quitte Nantes pour La Réunion ; 21-04-1870 : quitte St Denis de la Réunion pour Melbourne

– 14-11-1871 : quitte Fort-de-France (sur lest) pour Haïti

– 19-04-1872 : quitte Le Havre pour la Réunion ; 31-08-1872 : quitte St Denis de la Réunion pour Saint Nazaire ; 29-11-1872 : part de St Nazaire pour Nantes ; 17-01-1873 : quitte Nantes pour St Pierre de La Martinique ; 15-03-1873 : quitte St Pierre Martinique pour Bordeaux

– Le 30 mai 1873, il part de Bordeaux pour Nouméa en Nouvelle Calédonie

– 11-10-1873 : naufrage côte de Nouvelle Calédonie ».

Le dernier voyage du Tacite

A Bordeaux, Le Tacite est chargé principalement de bouteilles de vins effervescents, spiritueux, vermouth et apéritif.

Des bocaux de conserves et de condiments.

Des sacs de noisettes et d’amandes.

Des meules à aiguiser.

Des chandeliers, photophores, verres à pieds et assiettes de faïence.            Conf XIXe37 IMG_2564

De l’eau de mélisse ou eau des Carmes.

Des irrigateurs Eguisier pour les lavements.

Des jouets (poupées, canons et fusils miniatures) pour Noël.Conf XIXe38 img298A

Jean-Baptiste Honoré Moyon, capitaine,Conf XIXe24 DSC_0013

appareille de Bordeaux le 30 mai 1873, avec neuf membres d’équipage : Benjamin Bacquet, 18 ans, de Boulogne, novice, Jean-Marie Briand, 17 ans, de Paimpol, novice, Yves- Marie Coadou 13 ans, du Havre, mousse, Eléonore-Hippolyte Desdevises, 42 ans, de Granville, matelot, Émile Marie, 18 ans de Bordeaux, cuisinier, Armand Lacaille, 54 ans, de Honfleur, matelot, Jean-Marie Le Rohelec, 28 ans, de Locmariaquer, capitaine au long-cours, embarqué comme second capitaine, François-Etienne Thomas, 47 ans de Bordeaux, maître d’équipage et François Zion, 35 ans, de Plourhan, quartier-maître de manœuvres.

Le Tacite franchit le Cap de Bonne Espérance le 21 juillet 1873, passe le Détroit de Bass le 28 septembre et arrive en Nouvelle-Calédonie le 10 octobre. Vers midi, il est en vue de la chaîne de Montagnes de la Grande Terre. Le relevé du phare de l’Île Amédée au nord-est du compas est fait jusqu’ à 23 heure. Vers 1 heure du matin, le second capitaine aperçoit des brisants. Le capitaine est réveillé et la totalité de l’équipage est appelé à la manœuvre sur le pont. La navire talonne le récif et coule rapidement. L’équipage embarque à bord de deux chaloupes pour arriver sur l’Île Amédée le 11 octobre à 10 heure et rejoint Nouméa à bord de la goélette l’Etoile du maître-pilote. En octobre 1873, la plus grande partie de l’équipage est rapatriée en France à bord du Calvados, qui a convoyé à Nouméa, 559 déportés de la Commune. Deux des matelots restent en Nouvelle-Calédonie et sont engagés à la Capitainerie de Nouméa.

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Notre première rencontre nous a permis de poursuivre nos échanges avec le Musée Maritime de Nouméa. Alain Le Bréüs et Jean-Paul Mugnier, membres, comme Alain Conan des « Fortunes de Mer Calédoniennes », nous ont rendu visite en mai 2018 au musée de Montoir.

Alain Conan disparaît en mer, en mars 2017, lors d’une plongée solitaire. Son épouse Cathie, était présente le 30 juin 2018 à l’occasion de l’ouverture du nouveau musée de la Marine en bois du Brivet. Elle a pu découvrir la place faite au Tacite et l’hommage rendu à Alain, son mari.          Conf XIXe15 Alain Conan

Il est possible de découvrir l’histoire complète du Tacite dans le livre « Un trois-mats pour Nouméa en 1873, Le Tacite » des Fortunes de Mer Calédoniennes en vente au musée (15 €).

Guy Nicoleau

Sources : Jean-Louis Monvoisin et Fortunes de Mer Calédoniennes