Les migrations par Jacques Hédin

Lors d’une conférence au Jardin Médiéval des Caves, Jacques Hédin, ancien chargé de mission environnement du Parc Naturel Régional de Brière et membre du GATM, nous a parlé des migrations.

Voici la lettre de cette conférence:

Les migrations en quelques mots :

Le dictionnaire indique le latin migratio de migrare : changer de séjour. Déplacement cyclique ou définitif d’une importante population animale ou végétale homogène. La langue moderne distingue l’émigration (définitive) de la migration (saisonnière ou cyclique). Qu’ils migrent ou émigrent, tous les animaux qui se déplacent sont dénommés migrateurs. Je restreindrai à quelques exceptions près mon propos aux migrations d’oiseaux.

Quelques moments vécus :

Une migration d’Oies cendré au Marquenterre en Octobre 1977 : avec les enfants.

Une migration de Pluviers argenté en Baie de Somme en Septembre 1976 par temps de brouillard. La migration des Grues cendré en Chalosse : novembre 1989 et les phénomènes d’ascension. Les plus gros passages de Cigogne blanche en Mai et noire en Aout en fin des années 1980 à Rozé et Besné. La migration exceptionnelle de Canards et d’Oies à la fin de l’année 2020. Surtout notée par les chasseurs du nord de la France, mais aussi visible chez nous pour les canard Pilet Souchet et surtout Siffleur. Mais aussi : Les migrations estivales de Coccinelle au Sud de la Somme

Origine des migrations :

Certains citent cette origine à la fin de l’ère glaciaire: cas de l’hirondelle originaire d’Afrique qui a la fonte des glaces a progressivement occupé des espaces nordiques libérés. D’autres évoquent des habitudes beaucoup plus lointaines liées notamment à dévire progressive des continents. Les études récentes permettent de cerner des évolutions dans le temps et l’espace des migrateurs selon les espèces. Parmi les certitudes, il en est une incontournable: la migration des oiseaux n’est avantageuse que si la mortalité qu’elle entraîne, est plus faible que celle due à la famine hivernale sur les lieux de reproduction.

Migrations aller / retour : migration d’automne et de printemps :

Migration post nuptiale

Si l’on parle de migration, le plus souvent nous vient à l’esprit la période de l’automne propice à ces mouvements. Dans ce cas la migration est motivée par la recherche de nourriture, mais celle-ci nécessite du carburant (emmagasiné dans les graisses) réflexe plus rapide chez l’adulte que chez le jeune.

Migration pré nuptiale

Au « Printemps », la migration de retour est conditionnée en premier par le besoin de reproduction, qui doit d’abord passer par la formation des couples (pour ceux qui ne sont pas unis de façon durable). Le vent dans les deux cas joue un rôle non négligeable. Au milieu de l’Automne, installé au NE, il préfigure la possibilité d’une vague de froid et déclenche les départs. Au printemps, le vent de SE apporte le soutien à l’oiseau en vol. Dans les deux cas, le vent d’Ouest est synonyme de pluie, voire de tempête et n’incite pas souvent les oiseaux à effectuer leur migration sauf pour ceux dits anglais qui rejoignent alors le continent.

Une astuce : pour localiser les masses d’air, il suffit de se mettre dos au vent, se tourner de 45° à droite, alors l’Anticyclone est à droite et la dépression à gauche.

Les migrations régulières :

Selon les oiseaux, les migrations s’étalent sur plusieurs mois, cependant pour certaines espèces des pics de migrations sont plus régulièrement observés à dates fixes :

Quelques dates en Eté :

Sur le bord de mer, la fin juillet et le début août voient apparaitre les premiers migrateurs, il s’agit surtout des limicoles tels que les Pluviers et chevaliers (gambette, aboyeur) et aussi des premiers rassemblements en vues des migrations (Sternes).

La Madeleine : autour du 15 aout, cette période est propice à l’observation des Bécassine des marais par groupe parfois d’importance (15/25 ind.)

Quelques dates en Automne :

La pleine lune d’ Octobre : appelée la lune à » couette » (dans la somme) qui concerne plutôt le passage des Grives, Corvidés et apparentés

La St Luc : le 18 Octobre est une date incontournable dans le Sud et attendu par tous les fervents de la chasse à la Palombe.

Entre fin Septembre et début Octobre : on peut observer des bandes d’Oies cendrée et surtout rieuse traverser notre région. Il ne s’agit pas forcément des précurseuses, mais plutôt d’un reste de migration précoce liée à la disposition de nourriture chez nous,en France: maïs, pomme de terre, haricot, suite à des pratiques agricoles anciennes laissant de la nourriture non ramassée dans les champs.

La lune de novembre : appelée elle la lune des canards est réputés des chasseurs de gibiers d’eau dans le Nord et l’Ouest de la France.

Quelques dates au Printemps :

Le mois de Mai était incontournable pour la migration des Cigognes et des Spatules blanches. Les petits limicoles Barge à queue noire et le Combattant varié ont typiquement deux périodes de migration de printemps séparées de 15 jours à 3 semaines entre fin mars et fin avril alors que le Vanneau huppé nous arrive dès le début mars (ces phénomènes s’estompent depuis une quinzaine d’année). D’autres Limicoles plus nordiques (Pluviers et Courlis) passent courant Avril début mai, on les appelle en bord de mer, les avrillots. Parmi les hirondelles, le plus souvent en tête, l’hirondelle de rivage parfois dès fin février, suivi de l’Hirondelle de cheminée, le Martinet pointe le bout de son bec au premier Avril, date des premiers Coucous.

Quelques périodes de la journée :

certaines espèces voient des pics de migrations plutôt en journée (Hirondelles, Rapaces ), plutôt de nuit (Bécasse des bois, Foulque macroule), tout étant fonction aussi de la durée du vol des conditions atmosphériques et de l’ âge du capitaine, la situation de l’observateur.

Quelques itinéraires de migrations :

Lorsque l’on parle de migrations, on conçoit toujours des mouvements Nord/Sud et vice et versa, ces itinéraires ne sont pas immuables et peuvent s’adapter à certains facteurs naturels( voir les cartes). A noter dans les voies migratoires, les rétrécissement liés aux franchissement, d’où l’importance des détroits, des succession d’îles ou des montagnes et le positionnement des vallées.

L’évolution des itinéraires de migrations :

Ces itinéraires peuvent parfois sembler incohérents, c’est le cas du Traquet Motteux nichant du nord de l’Europe de l’Ouest jusqu’en Sibérie Orientale qui va hiverner en Afrique. Un petit nombre d’individus ont passé le détroit pour aller nicher en Alaska, mais ils continuent de parcourir plus de 16 000 km pour retrouver l’ Afrique.

Certaines espèces ont vu modifier leurs itinéraires comme la Sarcelle d’été dans les années 1970 dû principalement à la sécheresse sur le delta du Sénégal. Pour rechercher l’eau, elles ont parcouru plusieurs centaines de km en amont (vers l’Est). Au printemps, elles sont remontées dans l’axe de leur ancien cap inscrit dans les gènes.

Les migrations à regret :

Certains passages migratoires peuvent avoir lieu en dehors de ces périodes de descente, ils sont le plus souvent liés à l’arrivée d’une vague de froid tardive. Ceci après souvent un automne clément sur les sites de reproduction nordiques incitant les oiseaux à prolonger leur stationnement. Devant la perte d’accessibilité à la nourriture (ou à l’eau), les oiseaux n’ont alors comme autre ressource que celle de se déplacer vers des cieux plus cléments : ce sont des migrateurs à regret. Ils payent quelquefois un lourd tribu d’autant plus si la vague de froid s’installe en provenance du Sud les obligeant à aller encore plus loin sans la réserve de graisse préalablement emmagasinée.

Phénomènes de rémanence :

Beaucoup d’ espèces qui ont une aire de répartition large, ont plusieurs lignes de lignes de migration selon leur lieu de reproduction. Dans le cas du Canard siffleur, certains nichant au Nord Est empruntent la ligne Rhin/Rhône à son début et bifurquent ensuite pour regagner la ligne Atlantique. Il peut s’agir d’un phénomène naturel susceptible de favoriser le brassage génétique.

Des migrateurs accidentels :

Ce peut être le cas pour des Grues cendré dont la migration s’est déportée à l’Ouest par des conditions climatiques continentales comme dans les années 1990, en Brière. un ou quelques individus en groupe : C’est souvent le cas pour des limicoles Nord-américains observés sur la côte. Le plus souvent confrontés à des tempêtes les désorientant (notion de Vimers en marais breton-vendéen). L’inverse est aussi le cas avec des oiseaux européens sur la côte américaine (ex : Héron cendré).

Comment mieux comprendre les migrations :

Ce n’est pas ma tasse de thé, car j’aime bien que dans la nature, il reste un coin de mystère, cependant, l’observation aux jumelles, à la lunette ou tout simplement de visu du naturaliste du chasseur ou du promeneur amoureux de la nature pour peu qu’ils soient attentifs et scrupuleux de noter les observations, a longtemps permis de décrypter ce phénomène. Le must : repérer les survols sur quelques endroits privilégiés comme Orgambidechka (ou à proximité) et voir la vallée toute bleue un peu comme le ciel, de palombes cherchant une ascendance. Mais aussi, comme dit précédemment, tous les sites où se situent des entonnoirs de migration.

Le baguage: nécessite de positionner des filets ou des appareils de capture propre à certaines espèces : les Bécasses au Marquenterre et les Plies en Baie de Somme, maintenant les résultats sont plus probants. La pose d’une bague numérotée permet d’identifier l’oiseau, il faut encore le retrouver vivant ou mort, découvert ou à la chasse si espèce gibier. Les résultats pour les passereaux sont maigres (1 pour 1000 !). Il permet de suivre une Sarcelle baguée à Hambourg en fin de journée et tuée en Baie de Somme dans la nuit (1973), le parcours d’un Bécasseau maubèche bagué en presqu’île de Thulé (Groenland)juste volant (début Juin) et tué dans les Traicts du Croisic début Aout(1985). Les pérégrinations d’un Etourneau sansonnet et d’un Bécasseau variable bagués ensemble en Hollande et à nouveau repris ensemble dans le nord de la France plusieurs mois après.

Les bagues colorées : par le jeu des couleurs permettent d’identifier à l’aide de jumelles, le bagueur, l’âge et le sexe de l’oiseau. De même pour les bagues numérotées apposées sur des oiseaux plus gros. Les bagues nasales sont aussi en vigueur surtout pour les Anatidés

Les colliers GPS permettent suivre les oiseaux tout au long de leur cycle annuel et leur trajet migratoire au plus près. Exemple pour les jeunes Oies cendré nées sur le Banc de Bilho.

Les radars permettent aussi de vérifier l’altitude atteinte par les oiseaux en migration, jusqu’à 1200m pour certains passereaux. Les expérimentations sur des individus en laboratoire ont surtout porté sur l’influence des champs magnétiques (horloge interne) et sur l’influence de la voûte céleste et les positions des étoiles.

Les influences de l’homme sur les migrations :

Les obstacles : le développement urbain et ses éclazirages,les lignes THT, les éoliennes. La pollution organique ou chimique. La suppression des haltes essentielles. La chasse (historique et nouvelles gestions) le cas du Pigeon migrateur américain est typique (le dernier spécimen au siècle dernier s’est éteint en captivité en 1914). le réchauffement climatique: espèces méditerranéennes: cas des espèces méditerranéennes qui remontent nicher plus au nord : Héron Garde Bœuf, Grande Aigrette, et espèces nordiques de moins en moins observées en période hivernale : comme le Cygne chanteur (à ne pas confondre avec le Cygne tuberculé) ou le Garrot à oeil d’or.

Les espèces invasives : qui par définition modifient le milieu où elles vivent et le rendent inapte à la bonne reproduction de certaines espèces.

Quelques oiseaux migrateurs :

Canard Pilet : une espèce qui ne migre pas de même façon chez les mâles et les femelles.

Phragmite aquatique : un passereaux en péril devant la diminution de ses haltes migratoires

La Sterne arctique : championne du monde de la migration du Pôle Nord au Pôle Sud.

L’Oie à tête barrée : championne su monde de la hauteur (+ 10 000 m) au-dessus de l’Himalaya.

Et pour finir un poisson migrateur : l’ Anguille :

J’ai toujours en mémoire les paroles de Franciane ( ancienne directrice de l’école d’Aignac ) qui se souvenait, étant jeune de demander à sa maman une passoire, et avec son seau de plage partait sur les bords de Loire faire un petit canal sur le sable pour y collecter les civelles. Appelées aussi pibales dans le sud-ouest, elles sont le maillon migrateur d’une espèce aujourd’hui protégée alors qu’elle était indésirable, il y a à peine 40 ans dans les rivières classées à Truite !

S’il est un migrateur gardant encore bien ses secrets, c’est bien elle.

Cependant, depuis plusieurs années, les « pimpeneaux » qui désertaient les marais Brièrons reviennent en nombre de manière sensible, est ce le résultat d’une meilleure gestion des ouvrages, des nouvelles réglementations européennes, d’une concentration des civelles vers la Loire ou de nouvelles sources de nourriture (Ecrevisse de Louisiane) tout comme la Loutre d’Europe, là encore difficile de cerner le facteur principal. Ces animaux soit disant symbole de la bonne qualité de l’eau sont peut être sauvé par une espèce invasive, ne serait-ce pas de l’opportunisme tout simplement ?

Crédit photos: Jean Patrice Damien, Jean Pierre Saliou et Jacques Hédin.

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